Le khôl fait partie du patrimoine du Maroc et de tout le monde arabe depuis des siècles. On le pose pour la beauté, on le met à un nouveau-né par tradition familiale, on le transmet de mère en fille. Il n’est pas question ici de remettre en cause un usage aussi ancien — mais de donner l’information que l’on demande rarement : ce que le khôl fait concrètement à l’œil, et les précautions simples qui changent tout.
Tous les khôls ne se valent pas
Sous le même nom se cachent des produits très différents. Les khôls industriels vendus en parfumerie et soumis à la réglementation cosmétique n’ont pas la même composition que les khôls artisanaux achetés au souk, rapportés d’un voyage ou préparés à la maison.
Le point sensible est connu depuis longtemps des autorités sanitaires : de nombreux khôls traditionnels sont préparés à partir de galène, un minerai de plomb. Des analyses menées au Canada et aux États-Unis ont retrouvé des teneurs en plomb très élevées dans des échantillons de khôl, kajal, surma ou tiro. La FDA américaine interdit d’ailleurs le khôl comme additif colorant cosmétique, et Santé Canada a émis des avis publics sur le sujet.
Le plomb ne pose pas seulement un problème pour l’œil : absorbé de façon répétée, c’est un toxique général, dont les jeunes enfants sont les plus vulnérables. C’est là que la précaution est la plus utile.
Le problème mécanique : la ligne d’eau
Il existe un second effet, indépendant de la composition, et beaucoup moins connu. Poser le khôl sur la ligne d’eau — le bord interne de la paupière, au contact direct de l’œil — revient à déposer un produit pâteux exactement là où débouchent les glandes de Meibomius.
Ces glandes, alignées dans l’épaisseur de la paupière, produisent la couche grasse des larmes, celle qui empêche le film lacrymal de s’évaporer. Quand leurs orifices sont obstrués de façon répétée, la conséquence est classique en consultation :
- Des yeux secs, qui piquent ou brûlent, paradoxalement parfois larmoyants
- Des bords de paupières rouges et irrités (blépharite)
- Des orgelets et chalazions à répétition
- Une gêne accrue au port de lentilles de contact
Aujourd’hui, ces glandes peuvent être visualisées directement par méibographie — une imagerie indolore des paupières qui montre les glandes fonctionnelles et celles qui se sont atrophiées.
Le troisième risque : le bâtonnet partagé
Le mirwed (le bâtonnet applicateur) passe d’un œil à l’autre, et souvent d’une personne à l’autre. C’est un mode de transmission direct pour les conjonctivites, en particulier les conjonctivites virales, très contagieuses. Un flacon partagé lors d’une fête de famille suffit à contaminer plusieurs personnes.
Les précautions qui suffisent
- Éviter la ligne d’eau. Poser le trait sur la base des cils, à l’extérieur, protège les glandes des paupières. C’est la mesure la plus efficace, et elle ne change rien à l’esthétique.
- Ne jamais partager le bâtonnet ni le flacon, et ne pas humidifier l’applicateur avec de la salive.
- Pas de khôl chez le nourrisson et le jeune enfant, surtout s’il s’agit d’un khôl artisanal de composition inconnue. C’est la recommandation constante des agences sanitaires.
- Démaquiller chaque soir. Dormir maquillée laisse le produit migrer toute la nuit vers la surface de l’œil.
- Ne pas garder un produit ouvert depuis des mois, et jeter tout khôl qui a changé d’odeur ou de texture.
- Ne pas en mettre sur un œil rouge, irrité ou opéré récemment.
- Préférer, quand c’est possible, un produit cosmétique réglementé à un khôl artisanal de provenance inconnue.
Quand consulter
Une rougeur du bord des paupières qui dure, des orgelets qui reviennent, une sensation de sable permanente, un larmoiement chronique : ce sont des signes de souffrance des glandes des paupières. Ils se traitent d’autant mieux qu’ils sont pris tôt — hygiène des paupières, soins locaux, et selon les cas traitement instrumental.
À retenir
- Le risque n’est pas dans la tradition, il est dans la composition du produit et l’endroit où on le pose.
- De nombreux khôls artisanaux contiennent du plomb — prudence particulière chez l’enfant.
- La ligne d’eau est à éviter : c’est là que se trouvent les glandes qui protègent vos larmes.
- Un bâtonnet = une personne.
- Orgelets à répétition ou yeux qui piquent en permanence : un examen des paupières s’impose.
Où consulter à Fès et dans la région
Le Dr Hassan Oulehri, ophtalmologue et chirurgien, reçoit à Fès des patients de la ville et de toute sa région : Meknès, Sefrou, Taza, Taounate, Ifrane, El Hajeb, Moulay Yacoub. L’examen des paupières et de la surface oculaire, complété si besoin par une méibographie, permet de faire le point sur l’état des glandes et d’adapter les soins.
Yeux qui piquent, orgelets qui reviennent ? Envoyez-nous un message sur WhatsApp ou appelez le 06 15 55 71 41.
Sources : U.S. Food and Drug Administration — Kohl, Kajal, Al-Kahal, Surma, Tiro, Tozali or Kwalli: Beware of Lead Poisoning · Santé Canada — Health concerns about lead in traditional kohl.



